Métayers et domestiques

La famille A. habite Palluau en Vendée,  mais ses ancêtres sont légéens de longue date. Riches propriétaires, ils possèdent de nombreux domaines, fermes et maisons bourgeoises dans le nord de la Vendée et le sud de la Loire-Atlantique. Ils emploient pas moins de 60 métayers et domestiques pour cultiver leurs terres et entretenir leur bien. Les "patrons", selon l’appelation: Monsieur Henri, médecin, Madame, mère au foyer, Mademoiselle Yvonne, soeur de Monsieur, vit de ses biens. Monsieur Henri et Mademoiselle Yvonne se partagent l'ensemble du domaine et Mademoiselle Annick, fille de Monsieur et Madame.

Mariage                                         Mariage de Henri et Jeannine avec domestiques et métayers

Toute cette maisonnée vit en autarcie. Tous les produits nécessaires à la vie quotidienne sont cultivés et partagés entre tous. L'entraide est de rigueur. Chacun participe aux foins, aux moissons, aux vendanges,à la coupe et au stockage du bois et reçoit ensuite sa part pour l'année. Le foin, le blé, le vin, le bois, le beurre , même le savon pour la lessive, je n'ai jamais vu mes grands-parents manquer de ces denrées. Logé, nourri, blanchi donnait l'assurance d'une vie sans souci matériel. Etre domestique au service de .... conférait aux bénéficiaires un certain statut social, une reconnaissance. Ils touchaient un petit salaire qui leur permettait de subvenir à leur besoin personnel et surtout d'être assuré social et de toucher une retraite. La réciproque est aussi vrai, ils sont au service de leurs patrons dans tout ce que cela représente. Ils répondent présents au moindre appel. Les deux parties sont indissociables. Les patrons ne peuvent se dispenser de leur personnel et inversement. C'est une véritable osmose qui s'installe. Quand on entre au service de .... c'est pour la vie.

Tous les patrons n'ont pas la même attention vis à vis de leur personnel. La famille A. visitent leurs fermes et domaines régulièrement. Ils sont soucieux du bien-être leur employés, s'intéressent à leur vie, à leurs enfants, s'enquièrent de la santé des uns et des autres et prodiguent les soins gratuitement . D'ailleurs, un frère de ma grand-mère travaillant au service d'une autre famille disait souvent à sa soeur:"Vous avez de bons patrons". J'ai souvent vu mademoiselle Yvonne s'asseoir avec ma grand-mère au coin de la cheminée et deviser comme deux vieilles copines. Elles échangeaient des nouvelles des différents domaines et de leurs occupants.

 

Elles participent aux grands évènements familiaux. Sur la photo , on apercçoit mademoiselle Yvonne, attentive au bon déroulement de l'évènement.

Cortege rue de sables

Mariage de Elise  et Alexandre, mes parents. A côté Mademoiselle Yvonne dirige les opérations.

Ainsi au  décès accidentel de mon grand-père, ils cherchent un cultivateur pour le remplacer. Le hasard a voulu que ce soit un lointain cousin. Ma grand-mère peut ainsi rester dans sa maison et continuer à travailler. Quand les taches deviennent trop lourdes, on trouve une une journalière pour aider. Là encore une nièce de Florentine arrive à la rescousse.

Les générations cohabitent et les enfants remplaçent naturellement leurs parents qui prennent leur retraite paisiblement. Les années 60 donnent le coup de grâce à ce mode de fonctionnement. Les nouvelles générations partent vers la ville et la désertification des campagnes commencent sa lente mais inexorable ascension. Petit à petit les domaines sont vendus faute de trouver des remplaçants pour assumer des charges excessivement lourdes.

Ce n'est pas ce que l'on peut appeler du paternalisme bien que cette manière de fonctionner n'est plus compatible avec la société d'aujourd'hui. Je n'ai jamais entendu mes grands-parents se plaindre de leur condition. Je crois au contraire que çà les rassurait. Malgré une vie laborieuse, rude, rythmée par les saisons, ils se savaient en sécurité jusqu'à la fin de leur vie. L'inter-dépendance entre les patrons et les métayers va au-délà de l'aspect purement matériel. Une forme de respect, de connivence s'installe. Ils ont besoin les uns des autres. Ils passeront de longues années ensemble, voire plusieurs générations. Leur vie sont intimement liées. Ils partagent leurs soucis, leurs peines, leur joies, leurs malheurs. C'est une communauté avec ses rites, ses habitudes. Chacun sait où est sa place.

Sans doute ne faut-il pas faire une généralité de cette manière de fonctionner dans la famille A... mais en tout cas c'était la vie d'Elie et Florentine, vu de mon regard d'enfant.

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