La grande Maison

Voilà Elie et Florentine installés avec leur petite famille dans celle que l'on appelle "La grande maison" à Legé, pour la différencier des autres propriétés sans doute. Cette maison se situe au milieu et de part et d'autre de la rue des Sables. D'un côté, cette grande batisse donnant à l'arrière sur un jardin d'agrément et précédée d'une imposante terrasse, de l'autre la maison de mes grands-parents; de chaque côté de l'une et de l'autre des dépendances et jardin potager.


1 - grande maison
2 - maison d'Elie et Florentine
3 - Maisons louées place de l'Eglise
4 - Jardin reliant 2 et 3

Posée sur la terrasse, ce qui frappe tout d'abord, c'est sa façade imposante, stricte, rectiligne. Pas de chiens-assis pour donner un peu de mouvement et casser la longue corniche de la bordure du toit. Equilibrée avec ses six fenêtres au premier étage, deux fenêtres, une porte, une fenêtre, une porte, deux fenêtres au rez-de-chaussée. Un peu de verdure de chaque côté pour adoucir l'ensemble.

La grande maison

La grande maison, aujourd'hui

L'intérieur reste classique, à l'image de toutes les maisons bourgeoises de la rue.  Grande cuisine, avec arrière-cuisine et souillarde,salle à manger, petit salon, grand salon et bureau, les chambres au premier étage et le grenier éclairé par des lucarnes. Et pourtant, quand on entre on bascule dans une autre époque.

Quelques particularités pourtant me sont restées en mémoire. Cette cuisine d'abord, haute de plafond avec ses murs et son plafond noircis par la fumée, domaine de la cuisinière évidemment, mais aussi de la domesticité qui viennent prendre leur repas, se réchauffer auprès de la cheminée. Des placards tellement haut qu'il faut un escabeau pour atteindre la dernière étagère. Une enfilade remplie de vaisselle, de torchons, de couverts. Du haut de mes six ans, je me demandais bien à quoi tout çà pouvait servir. L'inévitable table de bois qui meuble le milieu de la pièce. Signe d'une certaine aisance, la cuisine possède une cuisinière en fonte, verte avec poignées en cuivre toujours bien astiquées.

Mais dès l'entrée dans la cuisine on ne voit qu'elle: l'imposante cheminée. Sa particularité ne tient pas seulement à sa taille, mais aussi au fait qu'elle possède un tourne-broche très particulier. Sur le côte de la cheminée, accroché au mur, un mécanisme d'horloge: des roues dentelées entrainant une chainette, elle-même reliée au tourne-broche dans le foyer, deux poids que l'on remontaient et qui comme une pendule en redescendant actionnaient le tourne-broche. Je ne l'ai jamais vu fonctionner, le four à gaz avait fait son apparition. Sur le haut de cette cheminée, une étagère sur laquelle séchaient des cubes de savon destinés à la lessive.

Dans la salle à manger, un immense portrait de deux jeunes filles en robe empire, l'une debout, l'autre assise, un chien couché à ses pieds, "les demoiselles" disait-on, ornait  un pan de mur. L'imagination faisait le reste, de vieux morceaux de tissus se transformait en robe d'époque et nous voilà avec mes petites amies transformées en châtelaines.

Le grand salon, dans lequel on entrait presque jamais, laissait planer un parfum de nostalgie  Le canapé et les fauteuils en toile de Jouy,devant la cheminée, devaient accueillir ce dames en crinoline, pendant que ces messieurs s'installaient autour des tables de jeux en dégustant le petit verre de liqueur et en fumant le cigare. D'autres portraits témoignaient du faste de l'époque.

Ma grand-mère était chargée de veiller sur cette bâtisse inhabitée depuis de nombreuses années. Deux fois par an les patrons venaient passer une journée, à la Toussaint et à la Fête-Dieu. De cette dernière, j'en reparlerai plus tard.

Bien évidemment, cette maison possédaient de nombreuses dépendances, appelées remises. Dans l'une d'elle, étaient rangées deux voitures à chevaux. Un joli cabriolet pour les sorties d'été et une berline avec l'intérieur en cuir et encore les rideaux aux fenêtres. Inutile de dire que ces deux "carrioles", comme les appelait ma grand-mère, faisaient notre bonheur. Une autre charrette tirée par un cheval de trait nous emmenaient dans les champs pour les travaux agricoles.

Une autre dépendance, dont je garde encore l'odeur, la sellerie, encore garnie des colliers, licols, étriers etc ...  avec tous les outils nécessaires à l'entretien de ces harnais. Bien sur tous ces équipements ne servaient plus, mais ils faisaient partie de cet univers comme s'ils allaient un jour reprendre du service.

Sous l'immense terrasse, la cave avec ses alignements de barriques qui ne contenaient plus qu'une horrible piquette. Sur celle qui était "en perce", trônaient deux verres, bien culottés, qui servaient pour les petits marchés entre amis et les conversation entre "hommes".

Le grand jardin d'agrément était laissé un peu à l'état naturel, mais pas inentretenu. Deux grandes pelouses, ornées de quelques massifs de fleurs, quelques arbres fruitiers, une grande charmille plantées de noisetiers, une immense serre inutilisée et deux grands chenils pour les chiens de chasse.

De l'autre côte de la rue, la maison d'Elie et Florentine. On entre dans une grande pièce, à droite deux lits de coin de part et d'autre de la cheminée, à gauche deux grandes armoires et un buffet, au centre une table. Ensuite la cuisine, avec une souillarde attenante, donnant sur une cour. Deux chambres au premier étage.
Cette maison, aujourd'hui, n'existe plus. La municipalité a fait l'acquisition des parties 2,3 et 4 (voir plan) pour construire une rue ( rue Louis Couvreur) reliant la rue des Sables à la place de l'Eglise.

Voilà, le décor est planté. Nous allons pouvoir vivre dans  cet univers.

Maison lege

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