Les grandes manoeuvres agricoles

La fenaison

Voici arrivé le temps des récoltes. Mes grands-parents ne faisaient pas de grandes cultures, mais il fallait tout de même faire des réserves pour l'hiver. Au mois de juin, l'herbe avait suffisamment haute dans les prés pour "faire les foins". Pourvu que  le beau temps soit au rendez-vous. Les indices météo de l'époque semblaient le confirmer. La veille, mon grand-père affutait sa faux, à l'aide d'une pierre à aiguiser, "une cau", puis sortait son grand râteau. Un râteau particulier en bois pour ramasser les foins coupés.
Le matin quelques métayers arrivaient pour prêter main forte. Le journée débutait à l'aube par un petit encas roboratif. Puis on attelait le cheval , on entassait dans la charrette les outils, quelques bouteilles de vin coupé de limonade, et tout cette petite troupe se dirigeait vers le lieu de fauchage. Après une dernière appréciation de l'ouvrage à accomplir, une fois les bouteilles mises au frais dans les buissons, les faucheurs commençaient leur lente progression en cadence, toujours au même rythme, laissant derrière eux les andains d'herbe coupée et odorante. Au bout du rang, une petite pause désaltérante avant de repartir.
Pendant ce temps, ma grand-mère s'affairait aux taches quotidiennes. Une fois celle-ci terminées, elle sortait un panier en osier dans lequel elle mettait des oeufs durs, une terrine de pâté, des tranches de rôti de porc cuit la veille, une boite de "vache qui rit", des pommes et quelques fruits de saison, du pain, du beurre salé, et dans une petite carriole, elle apportait le repas de midi aux faucheurs. A l'ombre d'un chêne, le long d'une haie, les hommes fatigués, savouraient  le contenu du panier en échangeant des commentaires sur le travail effectué et envisageaient les journées semblables chez les uns et les autres. Le repas fini, chacun s'accordait quelques minutes pour une courte sieste. L'après-midi se déroulait comme le matin.
Une fois la totalité du pré fauché,  il fallait aérer les andains
avec le râteau en les soulevant. Cette opération était effectuée plusieurs jours de suite pour permettre au foin de sécher. Puis le foin on entassait en meulon en attendant le ramassage. Un fois le foin jugé bien sec, on rentrait  et on le stockait dans un grenier au-dessus de l'étable. Il suffisait ensuite d'en basculer une ou deux fourchées par une trappe pour nourrir le bétail.

Le ramassage des pommes de terres

Autre travail harassant, le ramassage des pommes de terre cultivées dans un champs en grande quantité pour l'année à venir. Culture délicate contrairement à ce que l'on pense, qu'il faut surveiller, butter, désherbée, sujet aux invasions de doryphores qui peuvent anéantir la récolte. Une fois le feuillage bien sec, la récolte pouvait se faire. Le matin, mon grand-père commençait à arracher les pieds en évitant de les blesser puis les laissait sécher au soleil. Le lendemain, aidé de ma grand-mère, il entassait les pommes de terre dans des sacs de jute. J'apportais parfois ma petite contribution à cette opération en aidant modestement à remplir les sacs.
Une fois calés dans la charrette, direction rue des Sables. Les sacs étaient déchargés et mis dans ce que l'on appelait" la chambre aux patates". Il fallait alors les vidés, triés les tubercules en fonction de leur taille et  les plus abimés servaient à nourrir les animaux.

Les moissons et les battages

Elie et Florentine ne cultivaient pas de céréales. Il participait aux récoltes chez les métayers de la famille A. Pourtant les moissons restaient l'évènement agricole de l'année partout dans les campagnes, par l'ampleur du travail qu'elles représentaient, le nombre de personnes qu'elles mobilisaient. Autre particularité, chaque ferme ne possédait de moissonneuse comme aujourd'hui, une batteuse achetée en communauté allait de ferme en ferme. Après avoir couper le blé, l'avoir mis en gerbe et ramené à la ferme, le jour décidé pour les battages la machine arrivait.

A Legé, au mois d'août, à la ferme des Gaboriau, en bas de la rue des Sables, les battages étaient l'évènement du quartier. "Ils battent chez Gaboriau tel jour .....".
Le jour J, tous les gamins de la rue s'installaient sur un petit muret et participaient à leur manière à l'opération. Chacun mesurait l'importance de l'évènement. La machine à battre, placée au milieu de la cour de la ferme attendait  le mécanicien pour la mise en route. La première charrette de gerbe s'avançait. Chaque homme prenait la place qui lui était désignée.
Quand la machine se mettait en route, un véritable ballet bien orchestré commençait. Le premier envoyait une gerbe à celui qui attendait sur la machine, un autre déliait les gerbes et les plaçait dans un engrenage en faisant attention de ne pas bourrer la machine. Au pied de la batteuse, un paysan maintenait un sac sous une goulotte pour recevoir les grains de blé et un autre sortait la paille pour la mettre sur la pallier. D'autres encore, rangeaient les sacs dans les greniers, bien souvent à dos d'homme,  il fallait monter la charge par un escalier et parfois à l'échelle. Les plus jeunes n'étaient pas en reste. Les uns ramassaient la balle du blé, les autres distribuaient le vin blanc tenu au frais. La poussière asséchait les poumons et les gosiers.
Et ce, la journée durant.

Pendant ce temps les femmes préparaient le repas pour tout le monde et toute la journée s'activaient aux fourneaux. Elles avaient à cœur de satisfaire tout le  monde. Le journée avait été épuisante, les corps rompus. Un baquet d'eau fraiche permettait de se dépoussiérer avant de passer à table. Le repas du soir sonnait la fin des moissons et rassemblait tous ceux qui avaient travaillé avec femmes et enfants. Repas festif, joyeux, ponctué d'un petit air de chansons.

Le lendemain, dans la ferme d'à côté, le même ballet se répèterait.

Les vendanges

Aucune vigne chez mes grands-parents. Je ne pourrais donc pas raconter comment cela se passait. Je ne le pourrais d'autant moins que, les vacances d'été terminées, j'étais repartie à Saint-Brévin, et attendait avec impatience celles de Noel.

 

 

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