La Grande Maison

Voilà Elie et Florentine installés avec leur petite famille dans celle que l'on appelle "La grande maison" à Legé, pour la différencier des autres propriétés sans doute. Cette propriété se situe au milieu et de part et d'autre de la rue des Sables. D'un côté, cette grande batisse donnant à l'arrière sur un jardin d'agrément et précédée d'une imposante terrasse, de l'autre la maison de mes grands-parents; de chaque côté de l'une et de l'autre des dépendances et jardin potager.

La grande maison

Ensemble de la propriété en 1960

Sur la gauche de la rue, la "grande maison", sur la droite la maison de mes grands-parents. On peut remarquer que cette deuxième partie s'étend jusqu'à la rue de l'Eglise. Les bâtiments donnant sur cette rue hébergent d'autres locataires. Aujourd'hui, cette parcelle n'existe plus (à l'exception d'une grange), rachetée par la municipalité pour ouvrir  la rue Louis Couvreur reliant la rue des Sables à la place de l'Eglise.

Posée sur la terrasse, ce qui frappe tout d'abord, c'est sa façade imposante, stricte, rectiligne. Pas de chiens-assis pour donner un peu de mouvement et casser la longue corniche de la bordure du toit. Equilibrée avec ses six fenêtres au premier étage, deux fenêtres, une porte, une fenêtre, une porte, deux fenêtres au rez-de-chaussée. Un peu de verdure de chaque côté pour adoucir l'ensemble.

L'intérieur reste classique, à l'image de toutes les maisons bourgeoises de la rue.  Grande cuisine, avec arrière-cuisine et souillarde,salle à manger, petit salon, grand salon et bureau, les chambres au premier étage et le grenier éclairé par des lucarnes. Et pourtant, quand on entre on bascule dans une autre époque.

Quelques particularités pourtant me sont restées en mémoire. Cette cuisine d'abord, haute de plafond avec ses murs et son plafond noircis par la fumée, domaine de la cuisinière évidemment, mais aussi de la domesticité qui viennent prendre leur repas, se réchauffer auprès de la cheminée. Des placards tellement haut qu'il faut un escabeau pour atteindre la dernière étagère. Une enfilade remplie de vaisselle, de torchons, de couverts. Du haut de mes six ans, je me demandais bien à quoi tout çà pouvait servir. L'inévitable table de bois qui meuble le milieu de la pièce. Signe d'une certaine aisance, la cuisine possède une cuisinière en fonte, verte avec poignées en cuivre toujours bien astiquées.

Mais dès l'entrée dans la cuisine on ne voit qu'elle: l'imposante cheminée. Sa particularité ne tient pas seulement à sa taille, mais aussi au fait qu'elle possède un tourne-broche très particulier. Sur le côte de la cheminée, accroché au mur, un mécanisme d'horloge: des roues dentelées entrainant une chainette, elle-même reliée au tourne-broche dans le foyer, deux poids que l'on remontaient et qui comme une pendule en redescendant actionnait le tourne-broche. Je ne l'ai jamais vu fonctionner le four électrique avait fait son apparition. Sur le haut de cette cheminée, une étagère sur laquelle séchaient des cubes de savon destinés à la lessive.

Dans la salle à manger, un immense portrait de deux jeunes filles en robe empire, l'une debout, l'autre assise, un chien couché à ses pieds, "les demoiselles" disait-on, ornait  un pan de mur. L'imagination faisiat le reste, de vieux morceaux de tissus se transformait en robe d'époque et nous voilà avec mes petites amies transformées en chatelaines.

Le grand salon, dans lequel on entrait presque jamais, laissait planer un parfum de nostalgie  Le canapé et les fauteuils en toile de Jouy,devant la cheminée, devaient accueillir ce dames en crinoline, pendant que ces messieurs s'intallaient autour des tables de jeux en dégustant le petit verre de liqueur et en fumant le cigare. D'autres portraits témoignaient du faste de l'époque.

Ma grand-mère était chargée de veiller sur cette batisse inhabitée depuis de nombreuses années. Deux fois par an les patrons venaient passer une journée, à la Toussaint et à la Fête-Dieu. De cette dernière, j'en reparlerai plus tard.

Bien évidemment, cette maison possédaient de nombreuses dépendances, appelées remises. Dans l'une d'elle, étaient rangées deux voitures à chevaux. Un joli cabriolet pour les sorties d'été et une berline avec l'intérieur en cuir et encore les rideaux aux fenétres. Inutile de dire que ces deux "carioles", comme les appelait ma grand-mère, faisaient notre bonheur. Une autre charette tirée par un chaval de trait nous emmenaient dans les champs pour les travaux agricoles.

Une autre dépendance, dont je garde encore l'odeur, la sellerie encore garnie des colliers, licols, étriers etc ...  avec tous les outils nécessaires à l'entretien de ces harnais. Bien sur tous ces équipements ne servaient plus, mais ils faisaient partie de cet univers comme s'ils allaient un jour reprendre du service.

Sous l'immense terrasse, la cave avec ses alignements de barriques qui ne contenaient plus qu'une horrible piquette. Sur celle qui était "en perce", trônaient deux verres, bien culottés, qui servaient pour les petits marchés et les conversation entre "hommes".

Le grand jardin d'agrément était laissé un peu à l'état naturel, mais pas inentretenu. Deux grandes pelouses, ornées de quelques massfis de fleurs, quelques arbres fruitiers, une grande charmille plantées de noisetiers, une immense serre inutilisée et deux grands chenils pour les chiens de chasse.

Certes, il resterait encore beaucoup à dire mais je livre ici les souvenirs les plus marquants et particuliers de ces années d'enfance.

 

Rue des Sables  1    Avant-Propos                                                                                           
  2    Sommaire                                                                                                 

  3    Elie et Florentine                                                                                    
  4    Métayers et domestiques                                                                        
  5    La grande maison                                                                                    
  6    La vie quotidienne      
  7    Jour de lessive et des haricots blancs
  8    Jour de foire
  9    A l'ombre du clocher

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